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Le
Fort du Coll de Ladrones
(le Coll des voleurs )
1.
Le Fort primitif de "Coll de Ladrones" – XVIIIe
siècle.
Juste au milieu du XVIIIe siècle, la construction de
la route carrossable d'Oloron au Somport fut un sujet de préoccupation
pour le commandement militaire espagnol.
En 1749, la nouvelle route française arrivait à la "Peña
de Aret", alors que les défenses des Pyrénées
aragonaises – construites en 1592 – se trouvaient démantelées
ou abandonnées.
Les vieux châteaux de Candanchou et de Canfranc, ainsi que la tour
de la "Espelunca", qui avaient servi de défense à
la vallée de Canfranc, tombaient en ruine. Seule la citadelle de
Jaca était en état.
On envoya don Juan Martinez Zermeno, un des meilleurs ingénieurs
militaires, en reconnaissance dans les Pyrénées aragonaises
occidentales. Et le 22 Janvier 1751, il signait le premier projet de construction
d'un ouvrage pour une batterie au "Cod de Ladrones" – à
Canfranc – plus de nouveaux fortins pour des soldats seulement à
Anso, Hecho, et Santa Elena de Biescas.
Le 18 avril 1752, les "Projets de la frontière d'Aragon"
de Zermeno furent approuvés par Sa Majesté. En août
de la même année on commençait à déblayer
la roche et à faire la maçonnerie. On considéra que
le fort était terminé en 1758. L'ingénieur don Pascual
de Navas dirigeait les travaux.
Ce fort primitif avait le plan d'un fer à cheval. La face Est comportait
dans ses angles deux demi-bastions, et dans son centre un ravelin (sorte
de parapet) très réduit. Le corps central présentait
sept voûtes couvertes, à l'épreuve des bombes, avec
une terrasse supérieure plane. Sur celle-ci se trouvaient les logements
de la troupe, deux corps de garde, une pièce pour les sergents,
les pavillons du gouverneur et des officiers, la chapelle et la salle
d'armes. Il y avait aussi une citerne qu'il fallait remplir à force
de bras. La gorge (partie fortifiée de la porte d'entrée)
ovale, avec son parapet, orientée à l'Ouest surplombait
le chemin de France. Deux batteries de canons étaient sa principale
force.
Ce fort fut un échec retentissant. Sa conception était louable,
mais la construction était très mauvaise. On fit des voûtes
"en toc", avec des branches, de la terre et des pierres sans
mortier. Les soldats les plus petits n'entraient pas dans les guérites.
Et la terrasse supérieure laissait filtrer tellement d'eau qu'en
1777 le fort était abandonné parce qu'inhabitable, sans
artillerie ni garnison.
De plus, on estimait que ses feux étaient trop "plongeants"
(obliques) sur le chemin de France, un grand défaut.
Il fallut, d'urgence, pendant la Guerre contre la Convention Française
(1793-95), aménager une grande baraque en bois pour un officier
et la troupe. En 1798 on abandonne les travaux de réparation.
Enfin, en 1801, sans heurts et sans éclat, on abandonna officiellement
ce premier fort du "Cod de Ladrones". L'idée du général
Feraz de le réparer suivant le projet Berdejo, vers 1815, ne sera
pas réalisée.
2.
Le nouveau "Coll de Ladrones" (Colline de Voleurs) – XIXe
et XXe siècles
Au milieu du XIXe siècle, le Gouvernement espagnol –
gardant le souvenir encore vif de l'invasion de 1808 – recommençait
à se préoccuper de la défense de la vallée
de Canfranc. Une route neuve et "magnifique" était pratiquement
terminée sur le versant français du Somport. Route qui,
en plus, pourrait être défendue par le fort moderne du Portalet,
entre Urdos et Etsaut. C'étaient deux ouvrages qui pourraient faciliter
une percée hypothétique à partir de la France.
suite...
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La
construction d'un nouveau fort au "Coll de Ladrones" –
que nous connaissons en détail grâce aux recherches de Juan
F. Esteban Lorente – eut ses antécédents en 1864, avec
un rapport du capitaine Francisco Rizzo. Mais c'est à partir de
1876, date de l'achèvement de la route sur le versant espagnol,
que se posa sérieusement le problème de la défense
de cette nouvelle voie de communication qui venait de se substituer à
l'ancien chemin.
En 1877 le commandant en chef José San Gil rédigea le projet
de deux fortins (l'un d'eux est encore debout), du chemin et du nivellement
pour le nouveau fort de "Coll de Ladrones" (nouveau par sa conception
et nouveau par le nom, car on changea le traditionnel "Cod"
d'origine béarnaise, par un étrange "Coll" d'influence
catalane).
Le processus de la construction fut long et compliqué. Le 13 janvier
1879, le commandant en chef Julio Rodriguez jeta les bases d'un projet
qui allait subir de nombreuses modifications tendant à réduire
le plus possible la surface bâtie, étant donné qu'en
1881, on décida la construction d'un fort complémentaire
à "La Sagueta".
Par Ordre Royal du 4 août 1888 est approuvé le projet définitif
de Rodriguez lui-même, et les travaux commencent.
En novembre 1900, on considéra que l'ouvrage était achevé,
date commémorée par l'inscription de l'entrée. Alors
que le dernier jour de la dernière année du XIXe
siècle fut fixé le projet de construction d'un four à
pain. Cependant il faudra attendre 1906 pour voir l'artillerie installée.
L'importance attribuée au nouveau fort était telle que le
jeune roi Alfonso XIII le visita le 5 septembre 1903, comme l'indique
une plaque sur la batterie du bas.
Durant toute la première moitié du XXe siècle
on effectua de nombreux travaux d'amélioration, d'entretien et
de réparation jusqu'à l'abandon du fort en 1961.
Pour la construction du nouveau fort, il fallut sacrifier l'ancien, dont
on mit à profit seulement la muraille septentrionale et, bien que
murée, la voûte contiguë. Tout le reste fut détruit.
De ce nouvel ensemble, on remarque deux édifices recouverts de
pierre du pays. Le plus ombragé fut la caserne de la troupe (150
fantassins et 50 artilleurs) et il a deux corps de bâtiment à
deux étages. Le plus ensoleillé fut réservé
aux officiers, aux bureaux et à l'infirmerie et sur la façade
se détache un escalier imposant. Les latrines occupent un petit
édifice isolé.
Les défenses d'artillerie occupent quatre bouches à feu
orientées au Nord, et creusées dans la roche, plus la poudrière
correspondante. Une galerie spectaculaire garnie de meurtrières,
ouverte dans la roche, descend jusqu'à une batterie située
au-dessus de la rivière, balayant directement la route.
Le "front d'attaque", orienté à l'Est, se trouve
précédé d'un glacis. Là s'ouvre la porte extérieure
– curieuse forme d'arc de fer à cheval ovale – par où
on accède au fossé creusé dans la roche. L'entrée
est protégée par une caponnière (chemin fortifié)
et flanquée d'une galerie percée de meurtrières.
A l'intérieur du mur du "front" sont installées
des dépendances différentes : corps de garde, écurie,
four à pain, citerne.
Le
fort de "Coll de Ladrones" – comme son voisin du Portalet
– est un parfait exemple d'architecture militaire moderne adaptée
à un milieu montagnard. La roche, ici, forme une partie essentielle
du système défensif, autant ou plus, que les murs de maçonnerie.
A cet intérêt, il faut ajouter le fait de conserver, comme
relique cachée, des restes appréciables du fort antérieur
datant du XVIIIe siècle.
En octobre 1990 le Ministère de la Défense espagnol vendit
aux enchères l'édifice, qui fut adjugé à une
société privée. Depuis lors, il reste abandonné
à son sort, à la merci de conditions climatiques extrêmes
et de visiteurs indélicats. Dans l'attente d'une réhabilitation
respectueuse et nécessaire qui tarde à venir.
José
Luis Ona Gonzalez
Arqueologo e historiador
Sargantana S.L.L.(Canfranc)
16 de septiembre de 2002
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